La chasse au trésor du Château de Balintore !

Lundi 4 novembre 2013


J’ai découvert, en parlant avec un voisin, qu’une table originaire du Château de Balintore s’était retrouvée au Château d’Inverquharity (qui date de 1440), à tout juste une douzaine de kilomètres. D’après ce que je sais, le mobilier du Château de Balintore avait été vendu aux enchères dans les années 1980. Comme je ne connaissais aucun autre meuble provenant du Château de Balintore, ce fut une sacrée découverte !


Par la suite, j’ai rencontré les propriétaires de l’époque du Château de Inverquharity à un événement social. Ils avaient restauré leur bâtiment dans les années 1960, faisant ainsi partie des pionniers de la restauration des châteaux en Écosse. À cette époque, seulement deux autres châteaux se faisaient restaurer : l’un d’eux était le Château d’Inchdrewer (dont j’ai déjà parlé dans un précédent article). Les propriétaires du Inverquharity étaient d’une compagnie formidable : on a parlé de château toute la soirée, et l’hôte de l’événement a dû nous séparer de force pour que nous allions discuter avec les autres invités. :-) En ce qui concerne la table, ils m’ont dit très poliment, et avec un petit air narquois : “Vous ne la récupérerez pas !”.


Plusieurs années plus tard, j’ai appris que l’Inverquharity avait été vendu. J’ai alors traqué les anciens propriétaires et ils m’ont dit que, à cause de sa taille, la table du Balintore avait été laissée sur place. J’ai contacté les nouveaux propriétaires, qui n’étaient pas contre l’idée de retourner la table au Château de Balintore. En effet, ils avaient pour idée de fabriquer une nouvelle table de réfectoire à partir d’une immense dalle de bois qu’ils avaient trouvé dans la remise à bois d’Inverquharity : un morceau de châtaignier (?) massif mesurant peut-être 3 m x 1.5 m x 10 cm. Je n’ai jamais, au grand jamais, vu un plateau de table de réfectoire fabriqué à partir d’un seul morceau de bois !


J’ai été invité à visiter le château d'Inverquharity pour voir la table : un meuble au design vraiment très attrayant, en pin résineux aux teintes chaudes tirant presque vers l’orange. La table était grande, sobre et de bonne facture. On suppose qu’elle viendrait de la Salle des Domestiques du Château de Balintore. Les côtés avaient été légèrement raccourcis pour permettre aux convives de s’asseoir en y glissant les jambes. De plus, j’ai vu la dalle de châtaignier dans la remise à bois, et on m’a montré des poutres d'origine datant du XVe siècle qui avaient été retirées et remplacées lors de la restauration initiale. En voilà une collection de bois ! Du coin de l'œil, j’ai aperçu ce qui semblait être une vieille table de cuisine victorienne en pin, qui avait servi à des travaux de menuiserie : un grand étau y était vissé. 

La Grande Salle du Château d'Inverquharity (extrait de la brochure de l'agence immobilière)


Les nouveaux propriétaires de l’Inverquharity ont eu la gentillesse de nous offrir, à mon ami Andrew et moi, une longue visite guidée du Château d’Inverquharity. Je leur en suis très reconnaissant. J’étais plus que dans mon élément, et au final, j’en suis resté bouche bée. Le bâtiment est la maison-tour ancienne la mieux conservée, sans doute de toute l’Écosse. La tour principale semble être restée pratiquement intacte depuis le jour de sa construction. La grande salle est encore plus spectaculaire en vrai que ce que l’image de la brochure (ci-dessus) pourrait laisser croire. Le bâtiment est digne d’un musée, mais qui sert pourtant de résidence privée : il y a de quoi s’en réjouir. Il pourrait certainement rivaliser avec n’importe quel domaine du National Trust. La visite m’a clairement montré à quel point les nouveaux propriétaires aiment ce bâtiment. Ils avaient déjà renforcé la superstructure du bâtiment et l’avaient rendue étanche, et étaient en train de moderniser l’intérieur avec soin pour le remettre aux standards actuels d’habitabilité.


J'ai eu la forte impression que malgré le changement de propriétaires, le château restait tout de même entre de bonnes mains. Ce sont ces personnes-là qui contribuent à la survie d’un bâtiment historique dans le temps. La restauration des années 1960 et le travail actuel sont tous deux des liens vitaux de la chaîne. Si l’on retirait n’importe laquelle de ces deux phases, le bâtiment serait peut-être perdu comme tant d’autres. Cet engagement m’émeut profondément, et a donné une nouvelle dynamique à ma propre implication au Balintore, celle de le faire vivre sur le long terme.


Alors que nous étions sur le trajet retour du Château d’Inverquharity, Andrew m’a dit qu’il pensait que la vieille table de cuisine qui se trouvait dans la remise à bois était originaire aussi du Balintore. “Alors c’était quoi, cette table qu’on nous a montré dans la salle à manger ?”, lui ai-je répondu. Cela semblait étrange, mais Andrew tenait un bon point : la table de la remise à bois était vraiment imposante; on imaginerait bien Mme Patmore de “Downton Abbey” pétrir énergiquement de la pâte dessus ! De plus, on raconte qu’il fallait 5 personnes pour soulever la table du Balintore, avant d’être manipulée par un élévateur mécanique. La table de la salle à manger était certes grande et lourde, mais deux personnes suffiraient pour réussir à la déplacer.


J’ai donc passé un coup de fil aux anciens propriétaires. “Laquelle de ces deux tables est la vraie table du Balintore ?” Ils m’ont alors révélé qu’il y avait bel et bien deux tables du Balintore à l’Inverquharity : la table de la Salle des Domestique dans leur salle à manger, et la table de cuisine dans leur remise à bois. Sur ce coup là, j’ai été bluffé par la perspicacité d’Andrew ! En fait, il soupçonne également que la table de leur salle à manger provient en réalité de la salle de service du Balintore, étant donné qu’elle ressemble davantage à une table de service plutôt qu’à une table à manger. Il a repéré une table similaire dans une salle de service dans un autre bâtiment historique qu’il a visité. Il existe une autre théorie contraire selon laquelle, autrefois, les convives s’asseyaient plus loin de la table, avec la nappe qui s’étale sur leur genoux. Une peinture d’époque appuie cette hypothèse.


En échange de quelques pièces de monnaie, les deux tables ont récemment été ramenées au Château de Balintore. Ces tables sont d’une importance inestimable pour moi comme pour le château, et rien au monde ne saurait décrire le bonheur que j’ai ressenti à ce moment-là. :-) Cela marque un vrai tournant. Pendant des décennies, objet après objet ont été arrachés au bâtiment. J’ai planifié le transfert des meubles le même jour qu’une petite fête pour célébrer la victoire contre un projet de parc éolien prévu à proximité du château. Non seulement j’aurais à disposition de la main d'œuvre, au moins 5 personnes, pour porter les tables, mais surtout, je pourrais me servir de la table de la Salle des Domestiques ce même jour pour le buffet. La table de cuisine aurait bien besoin d’un travail de restauration à la manière du “Mary Rose”, étant donné qu’elle a bien trop longtemps été exposée à la pluie; mais ça fait du bien de l’avoir de retour au château, et elle pourra servir de référence stylistique pour la restauration de la cuisine.


Récupérer ces tables pour le Balintore aura finalement été une aventure étalée sur plusieurs années, qui aura demandé perspicacité, longue attente, saisie d’opportunités et, bien évidemment, la grande coopération de plusieurs générations de propriétaires du Château d’Inverquharity. Un grand merci à eux et à la véritable armée de dénicheurs de table : Andy, Andrew, Brian et Paul.


Le moment où les tables ont été récupéré à l'Inverquharity


Les dénicheurs de table (de gauche à droite) : Andrew, Andy, Brian et Paul


Andrew vérifiant le montage de la table avant de partir

Les tables de retour au Balintore

une table à l'usage le soir même







Commentaires

Les plus consultés :

Le Château de Balintore : Histoire et Restauration

Je suis le Fantôme du Château de Balintore