Dormir avec des Putois

Mercredi 23 octobre 2024


Alors que j'envisageais encore d'acheter le château, j'étais loin d'imaginer que cela me mènerait à terme à partager mon lit avec ces charmants membres de la famille des mustélidés. Mais cela ne sort pas de nulle part. Il y a de cela quelque temps déjà, Ryan, le chef végan et Joe, le plâtrier, avaient aperçu une longue trainée poilue dans le château, mais ce fut si bref que l'on aurait pu penser que ce n'était que le fruit de leur imagination, un peu comme lorsqu'on aperçoit un météore : "Est ce que j'ai bien vu ça ?"

Le commentaire supplémentaire "Je ne pense pas que c'était un rat." m'a rassuré, mais je n'ai rien vu de mes propres yeux.

Puis un soir, vers 23h, je descendais dans la cuisine du sous-sol pour tout éteindre avant d'aller me coucher, quand j'y entendit du bruit. "Mon dieu, Ryan cuisine très tard ce soir, mais qu'est ce qu'il est dévoué !", me suis-je dit. En y rentrant, j'ai salué Ryan, mais il n'était pas là. Pourtant, j'entendais toujours des bruissements très forts. J'ai sorti mon téléphone, activé la caméra, et j'ai filmé ma chasse au coupable. La petite vidéo ci-dessous est le résultat monté.




En effet, le putois est le parfait mélange de nervosité et de curiosité. Ils peuvent vous fuir et/ou aller se cacher, puis finir par revenir dans la pièce même s'ils savent que vous êtes encore là. Ils s'approchent parfois et vous observent, à une distance d'environ une trentaine de centimètres, mais ces moments sont très rares.

J'ai montré la vidéo à Joe, et il était stupéfait. Il s'est inspiré d'une tradition amérindienne, selon laquelle on nomme quelque chose d'après la première chose que l'on voit, pour nommer notre compagnon à fourrure. C'était finalement "Ko-Ko", le nom d'une marque de lait végan écrit sur un carton. J'avais l'impression que Ko-Ko était une femelle, mais on m'a dit qu'il s'agissait en réalité d'un grand putois mâle. Enfin bon, à mes yeux, ceux de Ryan et de Joe, Ko-Ko est une femelle. Un soir, en fermant la porte de la machine à laver, j'ai entendu un couinement paniqué venant de derrière la machine. On aurait dit que quelque chose souffrait, mais le simple fait de fermer une porte ne suffirait pas à écraser une petite créature. Je suppose qu'il s'agit des petits de Ko-Ko. Un putois plus petit a également été aperçu dans le château, mais bien moins fréquemment.

Dès que je vois Ko-Ko, je ralentis et j'évite tout mouvement brusque pour ne pas l'effrayer, de façon à ce qu'elle comprenne que je la vois et que je ne suis pas un ennemi. Je crois qu'elle devient de plus en plus docile. C'est facile de comprendre comment les putois ont pu être domestiqués. Des analyses ADN indiquent que les furets (les putois domestiqués) ont été domestiqués il y a environ 2500 ans.

Comme une sorte de coïncidence, le garde-chasse d'à côté a tout juste commencé à élever cinq furets dans une cage en plein air. Ils sont aussi très mignons, mais clairement plus petit que Ko-Ko, et seuls deux d'entre eux ont la marque en forme de "masque du brigand" sur le visage, quoi que bien moins définie que chez Ko-Ko. Wikipedia me dit que les putois sont plus gros que les furets, et qu'ils ont tous la marque en forme de masque. Ce que l'on voit au château, c'est donc clairement un animal sauvage.

L'une des proies majeures des putois sont les rats, ce qui me ravi d'autant plus d'héberger Ko-Ko. Depuis qu'elle réside au château, il n'y a heureusement aucun rat (et malheureusement, aucune souris) qui n'a été trouvé. Dans le passé, j'avais commencé à domestiquer une des souris du château, mais j'ai fait un mouvement brusque par accident alors que je partageais le canapé avec la souris, et elle n'est jamais revenue !

Quoi qu'il en soit, j'entends souvent Ko-Ko dans ma chambre pendant la nuit, et dans ma tête, je la suppliais de venir dormir avec moi. Faites attention à ce que vous souhaitez, car une nuit, alors que j'étais à moitié réveillé, j'ai senti quelque chose bouger entre mes omoplates. Étant à moitié conscient, j'ai pensé "Un rat!", et j'ai remué les épaules pour repousser l'intrus. Lorsque je me suis pleinement réveillé, je me suis demandé si cette sensation n'était finalement pas qu'un rêve, puis je me suis inquiété à l'idée que ce soit en fait Ko-Ko que j'avais effrayé par erreur.

Après tout, il est fort improbable qu'un animal sauvage se soit glissé dans mon lit, non ? Quoi qu'il en soit, j'ai alors senti quelque chose de très léger ramper sur ma couette, remontant lentement de plus en plus haut sur mon corps. J'étais tellement fasciné que je sentais comme si chaque pas de l'animal résonnait dans tout mon corps. Je faisais très attention à ne pas faire de mouvement brusques. J'ai été réveillé à plusieurs reprises dans la nuit par cette sensation, convaincu à chaque fois que cela ne se reproduirait plus jamais.

Finalement, j'ai pu entendre le reniflement du museau de Ko-Ko près de mon visage, sentir son souffle sur ma peau, et en ouvrant les yeux, j'ai pu voir la silhouette de sa tête se déplacer dans la pénombre bleu-noir de la nuit.

Puis elle m'a mordu au visage, sur le bord extérieur de mon sourcil gauche. J'ai poussé un petit cri, et Ko-Ko s'est enfuie. J'ai ensuite mis ma tête sous les couvertures pour éviter de me faire mordre à nouveau. Au bout du compte, Ko-Ko a fini par revenir, mais cette fois, en reniflant l'arrière de ma tête, tout en fourrant son museau dans mes cheveux. De temps à autre, je sentais comme une sorte de pichenette, accompagnée d'un léger "craquement". Peut-être qu'elle utilisait ses griffes pour explorer les lieux ?

Je suppose que le "mordillement" est la façon dont communiquent les putois, comme une manière de tester l'autre (est ce qu'ils ressentent la douleur ?) et d'établir des hiérarchies.

J'ai ensuite eu l'impression de sentir Ko-Ko dormir dans le creux de mon dos, mais ce n'était peut-être que mon imagination.

Tout cela s'est passé le samedi 12 octobre, mais était-ce seulement une expérience unique avec le putois ? Et bien, la nuit du lundi qui a suivi, Ko-Ko était revenu explorer dans mon lit, mais je pense, en sachant cette fois à quoi elle avait affaire, et que je n'étais pas une menace.

Un jour, on m'a dit que pour éviter que les chiens mordent une fois adulte, il faut les éduquer dès leur plus jeune âge. Chaque fois qu'ils vous mordent, que ce soit par agressivité ou parce qu'ils jouent, il ne faut pas les punir. À la place, il faut pousser un petit cri aigu ou un couinement pour leur faire comprendre que vous avez mal. Avec mon petit cri, j'ai parfaitement éduqué Ko-Ko. :-)

Je ne suis pas certain de la leçon à en tirer, mais en traitant nos camarades animaliers avec respect, ils nous rendront cet amour. Mes artisans voulaient tuer Ko-Ko (pourquoi ?), mais c'est une chasseuse de rats hors pair et elle a énormément enrichi ma vie.

Je ne sais pas exactement à quelle fréquence Ko-Ko vient se glisser dans mon lit ces derniers temps car, par définition, je dors ! Cela dit, elle est sans aucun doute régulièrement dans ma chambre. Il y a quelques jours, j'ai remarqué que les deux lacets d'une de mes chaussures de marches avaient été coupés net juste au niveau de l'œillet. Ce n'était pas dû à l'usure, car j'ai retrouvé les lacets de l'autre côté de ma chambre. Le jour suivant, les lacets de mon autre chaussure de marche avaient été coupés, et une fois n'est pas coutume, je les ai retrouvés de l'autre côté de la chambre.

J'ai donc dû me racheter des lacets sur Amazon !

En fin de compte, Ko-Ko n'est pas seulement adorable, c'est une vraie petite chipie : après tout, elle fait partie de la famille des mustélidés.

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