En Quête des Châteaux d’Écosse : Partie 2
Dimanche 13 juillet 2014
Durant ces deux jours de mini-tour des châteaux de la côte des West Highlands, le château qui m'a le plus plu est le Château de Stalker, qui date de 1320. Ce n'était ni le plus grand, ni le plus impressionnant, ni même le plus important d'un point de vue historique, mais tout y était parfait. Il a été restauré pendant 10 ans vers environ 1965 par une famille, qui encore à ce jour l'utilise comme maison de vacances, et c'était le seul bâtiment que j'ai visité qui était encore "vivant". Pour moi, c'est ça, la clé : un bâtiment inutilisé est vide d'âme, et quiconque visite le Château de Stalker ne peut manquer de ressentir l'atmosphère magique de ses espaces intérieurs accueillants.
Une partie de cet attrait réside dans l'emplacement remarquable du bâtiment. Une petite île plutôt austère, à peine plus grande que l'empreinte du château lui-même. En effet, le charme pittoresque de ce château situé sur une île du Loch Laich est tel qu'il figure souvent sur de nombreux calendriers et cartes de vœux.
| Le pittoresque Château de Stalker durant la journée morne où nous l'avons visité |
Paradoxalement, depuis le château lui-même, la vue n'est pas à la hauteur de celle qu'offrent les autres bâtiments que nous avons visités. Les collines autour du loch sont plutôt basses, bien loin des paysages spectaculaires des Highlands auxquels on pourrait s'attendre. Et lors de notre visite, par une journée morose, l'eau grise se confondait avec les collines grises, toutes deux recouvertes par la brume.
| La vue depuis le Château de Stalker |
Cependant, ce qui importe, c'est l'isolement splendide qu'offre le château. Le bâtiment vous berce dans son cocon, et pour que le monde extérieur puisse vous atteindre, il doit faire le trajet en bateau. Le propriétaire a souligné la difficulté de faire les courses en cas de tempête, mais honnêtement, j'ai trouvé cela merveilleux et personnellement, je ferais des provisions afin de résister à tout siège que le monde extérieur voudrait imposer.
| L'embarquement pour aller vers le château |
| En approche du château |
| Andrew débarquant. Notez que sa joie d'avoir survécu à cette courte traversée est peut-être disproportionnée |
Les restaurateurs étaient un avocat du Surrey, le lieutenant-colonel D. R. Stewart Allward, son épouse Marion, ainsi que leur amis et leur famille. Le lieutenant-colonel Allward rêvait de posséder une Rolls-Royce, d'avoir quatre enfants, et d'être propriétaire d'un château en Écosse. Tous ses rêves se sont réalisés ! Le propriétaire actuel est l'un de ses fils, et les cendres de ses parents ont été intégrées dans les murs du Château de Stalker. Voilà qui vous donne une idée de l'attachement émotionnel qu'ils avaient avec le château. Je n'étais pas sûr d'avoir bien entendu et j'allais poser la question, mais je me suis dit que cela pourrait sonner maladroit si je m'étais trompé. Cependant, Andrew a entendu l'exact même propos. Enfant, l'actuel propriétaire passait ses vacances d'été à restaurer le Château de Stalker avec ses parents. Il a donc un lien vraiment très particulier avec ce bâtiment.
Bien que la famille fait clairement usage du bâtiment comme maison de vacances, il était tacitement admis qu'il était sous-utilisé, et je ne pouvais m'empêcher de penser que des personnes seraient prêtes à payer pour avoir le privilège d'y séjourner. Pour moi, la traversée en bateau n'était pas pénible, mais disons que ça faisait partie de l'aventure. Mais mon enthousiasme propre n'est pas sans précédent royal. Le Château de Stalker fut utilisé par le roi Jacques IV comme pavillon de chasse, avec une île adjacente abritant les plus gros cerfs et une rivière voisine regorgeant des plus gros saumons. Un affleurement rocheux que nous avons longé en bateau était connu depuis au moins 600 ans sous le nom de Cormorant Island (l'Île des Cormorans), et sans surprise, un cormoran y était perché. L'histoire de l'homme et celle de la nature sont étroitement liées.
Le propriétaire a mentionné que la famille avait carte blanche pour la restauration, sans aucune intervention de la part d'Historic Scotland ni du Conseil local. J'aurais aimé m'être lancé dans la restauration d'un château à cette époque car, aujourd'hui, ce qui ralentit le plus la restauration du Balintore, c'est la bureaucratie. Et je dois dire que rien, absolument rien n'est à redire sur la restauration du Château de Stalker. Tout ce qui a été fait est fidèle au bâtiment. En effet, la plomberie et le câblage modernes serpentaient à la vue de tous à travers la structure historique du bâtiment, de sorte à ce que la structure existante soit clairement visible. En réalité, l'esprit même des travaux réalisés incarnait la réversibilité tant appréciée des pratiques de restauration modernes.
Avant cette visite, j'avais vu des photos de l'intérieur du bâtiment, et je dois admettre que j'étais inquiet quant à l'idée que l'intérieur ne soit trop teinté des années 70. Pourtant, une fois sur place, mes craintes se sont révélées infondées. Les meubles du château étaient certes des pièces sur mesure des années 70, mais ils étaient d'une grande qualité artisanale, et étaient complètement dans la continuité du bâtiment. Par dessus tout, j'étais ravi de constater qu'aucun décorateur d'intérieur n'avait été laissé approcher du Château de Stalker ! Il avait été meublé par les propriétaires avec soin et amour comme une véritable maison, et ne ressemblait en rien à un "décor de cinéma" comme l'on peut voir dans les magazines de décoration champêtre.
| La chaleureuse et rustique grande salle. Notez les poutres massives en pruche au plafond |
| L'armurerie dans la grande salle, où sont exposées des reproductions d'armes et de targes (bouclier) historiques écossaises |
Dans le salon, au dessus de la cheminée, se trouvait une grande et magnifique poutre en chêne sculptée. Elle était trop grande et trop lourde pour être transportée par bateau; le consensus était donc que, parce que c'est du bois, elle flotterait et pourrait être remorquée jusqu'au château. Ironie du sort, elle a coulé comme une pierre, et a dû être traînée au fond de la mer. Le montant de gauche de la cheminée est d'origine et possède des sculptures complexes. Malheureusement, l'usure est telle qu'il est impossible de discerner ce que représentait autrefois ces sculptures. Mon œil y a dessiné des dragons ! Si ma mémoire est bonne, il y a des rumeurs selon lesquelles des soldats américains auraient emporté le montant de droite pendant la Seconde Guerre Mondiale.
| L'immense poutre au dessus de la cheminée du salon. Le montant de gauche est d'origine |
Le transport des grandes poutres en pruche du Canada, utilisées pour reconstruire les étages, a lui été une réussite, car ces poutres là flottaient !
Le Château de Stalker est célèbre pour avoir servi de décor au tournage de "Monty Python : Sacré Graal !", et le fait d'avoir incarné un des soldats du film avait créé chez le propriétaire de beaux souvenirs. On a dû deviner quel soldat il jouait sur une photo tirée du film. J'ai réussi à réduire le champ des possibles à deux. :-)
Le Château de Stalker est généralement fermé au public. Seul un petit nombre de visites sont disponibles durant la période estivale, donc l'avoir visité est quelque peu un privilège. Ce privilège est d'autant plus spécial car le propriétaire lui-même vous emmène avec son propre bateau. "L'équipage" est clairement constitué de bons amis du propriétaire, et ils apprenaient tout juste à manier le nouveau bateau à double coque. Il s'en est suivi un éclat de rire général. Ce nouveau bateau est plutôt chic, et son tirant d'eau est suffisamment faible pour permettre un embarquement et un débarquement relativement facile.
Les seuls visiteurs présents à cette visite étaient un couple d'américains, Andrew et moi. Nous avons donc eu droit à une visite bien plus personnalisée que la normale. Le Château de Stalker est tout simplement un incontournable.
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